Le nutrinaute

Manger mieux pour vivre mieux

L’agriculture mondiale capable de nourrir une population mondiale croissante

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« L’agriculture, celle des Pays-Bas en tête, est manifestement plus productive, de meilleure qualité et plus respectueuse de l’environnement que les années passées. L’agriculture pourrait être encore plus productive et plus efficace, tout en libérant davantage d’espaces naturels non exploités. Les dommages causés à l’environnement par l’agriculture ont considérablement diminué »,

explique Rudy Rabbinge, célèbre professeur à l’Université de Wageningen spécialiste de développement durable et de sécurité alimentaire, dans son discours de départ à la retraite.

Rabbinge indique que des avancées considérables ont été réalisées dans ce domaine, et qu’une quantité de nourriture suffisante permettant de nourrir une population mondiale croissante pourrait tout à fait être produite. Malgré tout, un milliard de personnes souffre encore de la faim aujourd’hui à cause de politiques inefficaces, d’une répartition inégale des productions, et d’une trop faible distribution alimentaire.

« C’est un scandale qui mériterait une vive réaction dans le monde entier ! »

a t-il martelé dans son discours.

Nous n’avons pas besoin de terres agricoles supplémentaires pour nourrir la population mondiale dans les décennies à venir, dit Rabbinge. Selon lui, l’idée d’une pénurie actuelle ou à venir est un malentendu.

Perspectives

L’université de Wageningen a apporté une contribution substantielle au développement de l’agriculture mondiale, renforçant ainsi sa propre position internationale, affirme Rabbinge. Les réflexions et connaissances scientifiques développées à Wageningen suscitent une pensée utopique nourrie de bonnes perspectives plutôt qu’une pensée anti-utopique (dystopique) ou un défaitisme. L’optimisme naïf est dangereux, mais le pessimisme infondé est décourageant et frustrant, poursuit-il.

Il existe une recherche scientifique de qualité qui explore l’ensemble des possibilités jusqu’à leur extrême limite, selon le professeur Rabbinge. Le risque, c’est que nous revenions à un mode de pensée de type malthusien. Deux cents ans auparavant, Malthus avait prédit que le monde serait incapable de nourrir une population croissante. Ces propos étaient manifestement erronés : la population a été multipliée par sept, et pourtant, il y a aujourd’hui plus de nourriture par habitant qu’en 1800. Rabbinge se sent plus proche du philosophe français Condorcet, qui avait confiance en l’ingéniosité de l’homme pour résoudre des drames.

La sécurité alimentaire

Dans son discours, Rabbinge détaille comment son équipe et lui, d’abord en tant que professeur d’écologie des cultures céréalières, puis d’écologie théorique des productions et plus tard comme professeur de développement durable et de sécurité alimentaire, sont parvenus à influencer les biologistes pour contribuer à de meilleures perspectives en matière de sécurité alimentaire mondiale, avec à la clé une diminution de la pollution, de l’érosion et des traitements non durables. Les systèmes énergétiques en cours de développement diffèreront totalement des systèmes de production à grande échelle actuels. Rabbinge fait référence aux serres productrices d’énergie (qui pourraient être opérationnelles dans les prochaines années) et aux bâtiments à énergie neutre fonctionnant grâce à des cellules solaires biologiques. Si la production agricole est concentrée dans des zones à fort potentiel, offrant une plus forte production, le monde sera en position à la fois de maintenir une agro-biodiversité (combinaison entre le contrôle des épidémies par la lutte biologique et le contrôle des mécanismes naturels dans les champs) et de préserver de nombreux espaces naturels non exploités. Entre les tendances historiques de productivité, les possibilités énormes qui existent encore et une volonté croissante, de nouvelles perspectives justifient pleinement cet optimisme. L’analyse scientifique, fondamentale ou appliquée, est à la base de ces opportunités. Selon le Prof. Rabbinge, cette prise de conscience est d’une importance vitale pour la relation fragile entre science et politique.

Perspectives d’action

Rabbinge affirme que la science se doit de soutenir les politiques en leur proposant diverses options explicites, fondées sur des faits, des défis et des mesures concrètes et non sur ce qu’il appelle de simples bonnes intentions prononcées du bout des lèvres. Selon lui, la société bénéficierait de perspectives quantifiables et concrètes pour agir, sans préjugés, dogmes, blocages et mythes. Ces choix et ces scénarios doivent faire apparaître clairement que si nous voulons sauver le maximum de terres agricoles tout en préservant la biodiversité, l’agriculture devra s’adapter à une utilisation plus efficace de surfaces plus restreintes, tout en étant conscient que ceci requiert plus d’énergie par unité de surface, mais moins par unité de produit. L’utilisation de biocarburants générés à partir de céréales dans le cadre de cultures extensives est d’après lui une mauvaise solution. Rabbinge considère cette solution comme non durable et ne comprend pas pourquoi des gouvernements stimulent cette production de biodiesel.

Rabbinge conclut son argumentation en lançant un appel aux jeunes scientifiques pour les inviter à initier un nouveau mouvement et à s’attaquer à cette terrible situation qui fait que la nourriture est devenue inaccessible à certaines parties de la population mondiale, et ainsi, par leurs actions, à participer à l’éradication de la faim.

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68731.htm

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